#3 Se former aux métiers du vin

Il y a un an mon projet de reconversion aboutissait. Enfin surtout, il commençait : candidature à des formations, discussion avec mon employeur et annonce à mes amis, collègues et voisins de palier. Pour certaines personnes, c’était gééénial ; pour d’autres, j’ai deviné derrière leurs mines dubitatives et étonnées leur sentiment intérieur : « Elle a pété un cable ». Et pourtant, je n’ai connu ni burn out, ni rupture sentimentale, ni choc traumatique qui aurait pu expliquer d’un point de vue psychologique cette prise de décision ! Car c’est généralement comme ça que les histoires de reconversion démarrent dans les journaux. La curiosité et l’envie de ne pas passer à côté de ma vie professionnelle sont bien les seules choses qui expliquent mon choix. Et peut-être le goût de l’inconnu.

Comme vous êtes plusieurs à me poser la question, voici 5 conseils (très personnels) que je donnerais à tous ceux qui souhaiteraient se lancer dans le vin. Évidemment, ces conseils sont plutôt destinés à ceux qui n’ont pas de parents vignerons et qui ne savent pas par où commencer ! C’était mon cas.

1) Prendre le temps de réfléchir et d’approfondir son projet

C’est un conseil basique mais à l’heure où tout le monde se jette à l’eau pour monter sa boîte, tourner un documentaire, écrire un roman, ouvrir son food truck veggan, on peut se dire qu’on doit nous aussi avoir à tout prix son projet super excitant. Pour ma part, cela faisait plusieurs années que je me disais « tu n’es pas tout à fait à ta place dans ton boulot actuel ». Ce n’était pas constant mais il y avait des jours où c’était très fort. Les métiers du vin me revenaient régulièrement à l’esprit, un secteur dont j’avais eu un léger aperçu pendant mes études (stages, Club Oeno, dossiers, exposés, cours de dégustation). Avant de se lancer, c’est important de nourrir sa passion par des actes concrets. Cela peut aller d’échanger avec son caviste de quartier, à assister à des cours de dégustation, dévorer des livres sur le vin ou profiter des vacances pour visiter des domaines. La réflexion peut prendre du temps. Cela m’a pris 5 ans avant de passer à l’acte donc on peut complètement y aller mollo. Et se lancer quand vous le sentez !

2) Avoir très, très, très, envie !

Cela marche pour tout mais changer de métier, démarrer une formation, lâcher son confort demande une extrême motivation. Il faut vraiment le vouloir ! Cela ne peut pas être une excuse pour quitter son boulot actuel (et son voisin de bureau qui vous gonfle ou le secteur qui ne vous passionne pas plus que ça). Est-ce que vous aimez le vin pour votre plaisir ou est-ce que vous pensez regretter toute votre vie de n’avoir jamais franchi le pas ?

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Un type sacrément visionnaire ce Platon.

Peser la balance des pour et des contre et connaitre ses limites (confort de vie, statut social, éloignement familial) sont clés pour adapter son projet. Quitter un secteur, un métier, une entreprise et ses collègues est un grand bouleversement qu’on ne soupçonne pas toujours. Mais c’est aussi en prenant un risque qu’on apprend le plus. Et dites-vous qu’au pire, vous retrouverez du travail grâce à la conjoncture actuelle qui est plutôt favorable.

Suivre une formation diplômante du Wine & Spirit Education Trust (WSET)est une bonne première approche pour les amateurs de vin qui ne veulent pas changer de travail et de vie. Selon le niveau choisi (de 1 à 3), vous apprendrez les bases de la dégustation, les principaux cépages  et vins du Monde, l’élaboration des différents vins et des spiritueux…Plusieurs centres de formation existent à Paris et en région. Les formations sont dispensés sur un à trois jours. Attention, les prix sont assez élevés : de 220€ à 1100€ mais quand on aime, on ne compte pas, non ? Autre point sensible : l’enseignement y est très classique. Ne vous attendez pas à découvrir des vins alternatifs ou de petites appellations.

3) Rencontrer des professionnels pour orienter son projet

C’est essentiel ! Encore plus pour le vin car on peut vraiment fantasmer sur le monde du vin lorsqu’on est citadin, qu’on ne travaille pas dans ce secteur et qu’on n’est pas issu du milieu.

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Vue du Mas Foulaquier, un domaine viticole où Blandine et Pierre les vignerons m’ont accueilli pour un week-end.

J’ai rencontré ou échangé par téléphone avec une cinquantaine de personnes (étudiants en œnologie, formateurs, cavistes, œnologues, vignerons, acheteurs, responsable marketing) pour qu’ils m’expliquent leur métier, leur parcours et qu’ils me donnent leurs conseils. Il ne faut vraiment pas hésiter à contacter les gens même si on ne les connaît pas (avec les réseaux sociaux c’est facile) car vous verrez, rares sont les personnes qui ne vous répondront pas : les gens sont toujours ravis de pouvoir raconter leurs vies et parfois, de le faire en vrai 🙂

J’ai également passé plusieurs week-ends dans le Bordelais, en Dordogne et dans le Languedoc dans des domaines viticoles très variés : du Château bordelais Grand Cru Classé au domaine en biodynamie Le Mas Foulaquier au nord du Pic saint Loup pour confronter mon projet à la réalité.

Ces différentes rencontres m’ont permis d’orienter mon projet. Les métiers du vin sont nombreux et on les confond souvent :

  • Si vous êtes vigneron, vous êtes à l’origine de tout 🙂 Vous vivez au rythme de la vigne, vous composez avec la nature. Du calme de la taille en hiver à l’effervescence de la récole en septembre. Vous vinifiez et faites votre vin. Vous pouvez décider de n’être que viticulteur (et donc de vendre votre production à un négociant) ou de n’être que vinificateur (donc d’acheter les raisins et de vinifier uniquement).
  • Si vous êtes sommelier, vous travaillez dans l’hôtellerie ou la restauration. Vous sélectionnez (quand vous êtes le chef sommelier), proposez, faites déguster des vins aux clients. Mais vous ne créez pas de vin. Rien à voir avec un œnologue !
  • Si vous êtes caviste, vous vendez du vin aux particuliers aussi mais dans votre boutique ! Vous pouvez être à votre compte ou travailler dans une cave de quartier ou dans une structure plus grande (chaîne de cave, supermarchés en tant que chef de rayon).
  • Si vous êtes œnologue, vous pouvez travailler en laboratoire, dans un domaine ou faire du conseil. Vous décidez (ou participez aux décisions) des vinifications et au style des vins produits.
  • Si vous êtes commercial ou agent, vous travaillez pour un domaine ou un portefeuille de domaines et de vins et démarchez les cafés, hôtels, restaurants. Vous pouvez également travailler pour un fournisseur ou un fabrication de produits nécessaires à la production de vin (tonnelier, bouchonnier, embouteilleur).

4) Se former !

Lorsqu’on n’a pas de réseau et/ou pas d’expérience dans le vin, la formation est le meilleur moyen pour s’en faire un(e). Et pour être vigneron, c’et obligatoire : il faut une capacité professionnelle pour s’installer. Pour résumer toutes mes recherches, je dirais qu’on peut classer les formations du vin en trois grandes familles : les métiers de la production, les métiers de l’hôtellerie et les métiers du commerce.

  • Les métiers de la production : c’est la voie pour devenir salarié viticole, chef de culture, œnologue, régisseur. Dans la production, le métier est dur physiquement mais vous êtes dehors, dans un domaine, vous bougez et vous participez aux millésimes ! Vous voyez le vin naître. Vous pouvez soit faire un BP REA VO (Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Viticulture-Oenologie), soit un BTSA VO (Brevet Technicien Supérieur Agricole Viticulture-Oenologie), soit un DNO (Diplôme National d’Oenologue). Plusieurs centres de formation existent en France, proche d’un vignoble uniquement (= pas à Paris ou à Lille !). Il y a beaucoup de débouchés car on manque de personnel.
  • Les métiers du commerce et du service : caviste, agent, acheteur, négociant. Mais aussi travailler dans l’œnotourisme, organiser des événements autour du vin…Pour le commerce, les formations existent partout en France. Il y a également pas mal de start-up qui essaient de réinventer la façon dont on achète du vin.
  • Les métiers de l’hôtellerie et de la sommellerie  : La sommellerie est une mention au sein des études d’hôtellerie. Il existe une formation ouverte aux adultes à Beaune et à Suze-la-Rousse. Vous pouvez aussi apprendre par vous-même en commençant dans un restaurant ou un hôtel. Mieux vaut être un couche-tard.

Pour apprendre à déguster, vous pouvez aussi suivre la très bonne formation du D.U.A.D à Bordeaux, un Diplôme Universitaire très réputé.

J’ai rapidement éliminé les formations commerciales. La sommellerie m’intéressait mais j’ai plutôt opté pour une formation technique pour avoir l’opportunité de travailler dans les vignes et de participer à la vinification d’un millésime. J’ai choisi de postuler à deux formations techniques : un DNO (Diplôme National d’œnologie en 3 ans) à Toulouse et un BTSA VO (BTS Agricole Viticulture-Oenologie en 1 an) à Mâcon-Davayé. Les DNO sont dispensés par les écoles d’ingénieurs et les BTSA ou les BP REA par les lycées viticoles. Beaune, Davayé, Blanquefort, Avise, Montmorot, Hyères, etc. que des villes en région avec moins de 50 000 habitants. Un changement de vie à ne pas minimiser !

Le résultat, un an après, est très loin de ce que j’imaginais : je pensais être à Toulouse et finalement, je suis à Mâcon-Davayé. Je pensais aller en stage dans un Château à Bordeaux et finalement, je suis dans un domaine familial  en Bourgogne le Château des Rontets. Et je ne pouvais pas rêver mieux. Le BTSA VO de Mâcon-Davayé permet en 1 an d’allier le théorique et la pratique. La formation est financée par le conseil régional de Bourgogne et l’Union Européenne. Et Pôle Emploi finance mon projet. Je suis une chômeuse en formation 🙂

5) Trouver du travail  

Le monde viticole recrute ! Ce qui est un bon point pour les passionnés. Il est considéré par Pôle Emploi comme secteur en tension et pourvoyeur d’emplois. Au total, ce sont 558 000 emplois directs et indirects dont 142 000 viticulteurs, 38 000 négociants, 21 000 emplois saisonniers et 3 000 sommeliers*. À Paris, les métiers sont concentrés autour de la vente, l’événementiel et de l’hôtellerie. La production est (assez logiquement) concentrée dans les régions viticoles et notamment dans le Languedoc et la Gironde. La Bourgogne et la Champagne sont de plus petits bassins d’emplois vu la taille du vignoble mais il y a du travail !

Pour vous rendre compte des opportunités, je vous conseille le site www.vitijob.com où des offres sont publiées chaque jour. De plus en plus de domaines ou d’entreprises publient leurs offres d’emplois sur les réseaux sociaux donc n’hésitez pas à les suivre. Le site www.vinocamp.fr publie aussi quelques offres d’emploi dans les start-ups du vin.

Bonne réflexion et d’ici là, buvez-bien !

Liste des formations :

https://www.wsetglobal.com/fr/french-qualifications/ : Formations diplômantes du WSET

https://www.ecole-du-vin.fr/fr/ : Ecole du Vin à Paris

http://espritsdevins.com : Esprits de Vins à Mâcon

http://www.ensat.fr/fr/formations/diplome-national-d-oenologue.html : DNO Toulouse

http://www.macon-davaye.com/cfppa-davaye/ : CFPPA Mâcon Davayé

http://www.formagri33.com/epl/ : CFPPA Blanquefort

https://cfppa.lavitibeaune.com : CFPPA Beaune

https://www.isvv.u-bordeaux.fr/fr/d-u-a-d.html : DUAD à Bordeaux

https://www.universite-du-vin.com : Université du Vin à Suze La Rousse.

*Source Apecita site d’emploi agricole

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