Le Beaujolais Nouveau : un vin de copains !

Arrêtez-tout ! Demain, c’est le Beaujolais Nouveau. Beaujo, Beaujol’, Beaujolpif, le plus popu des vins français nous présente son nouveau né. Eloges enthousiastes ou critiques acerbes, chacun y va de son petit commentaire à mesure qu’on se rapproche du troisième jeudi du mois de novembre.

Si le titre de mon article ne laisse aucun doute sur mon opinion profonde, je me lance dans une lourde tâche : vous réconcilier avec le Beaujolais Nouveau qui a perdu de sa superbe depuis quelques années. Certains n’y voient qu’un filon commercial ou un vin de merde. J’y vois surtout une bonne occasion de boire un vin primeur entre copains. Pendant mes années étudiantes, ce vin était surtout l’occasion de soirées arrosées dans les bars parisiens. Cette année, il a une saveur particulière : j’ai découvert que mon arrière grand-père paternel était de Villefranche-sur-Saône (« capitale » du Beaujolais) et viticulteur. J’ai aussi découvert en étant aux portes du Beaujolais depuis 2 mois (le Mâconnais et le Beaujolais sont collés) que ce vignoble n’allait pas fort. C’est donc faire un acte de consommation certes joyeux mais aussi citoyen. Tout un programme (politique).

1. Le Beaujolais Nouveau est une tradition française

Cocorico ! C’est en 1951 que les vignerons du Beaujolais obtiennent le droit de commercialiser leurs vins « en primeur », c’est-à-dire avant le 15 décembre, date jusque là officielle. Ce qui n’était alors qu’un petit vin primeur de la région lyonnaise prend des proportions phénoménales dans les années soixante-dix : en 1975, il est lancé en grandes pompes à Paris avec Georges Brassens et Mireille Mathieu en parrain et marraine ! Sa notoriété devient nationale. Les manifestations culturelles et populaires accompagnant sa sortie se multiplient année après année à coup de campagnes publicitaires et de millions d’hectolitres écoulés. Il est aujourd’hui fêté dans tous les bons bistrots, bars et restaurants. Et cette année, c’est Jean-Charles Castelbajac qui a dessiné l’affiche officielle (cf. la photo en une de l’article). Alors, pas chic le Beaujolais Nouveau ?

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Brassens et Mathieu,  le poète et la varièt’,  ambassadeurs du Beaujolais

2. Le Beaujolais Nouveau est un exploit des vignerons

4d85edf3d357a9bb445174b93995cd28-2Oui c’est un vin rouge léger et facile à boire, oui c’est du gamay (pas d’assemblage donc de plusieurs cépages, comme tout le vignoble du Beaujolais) mais le Beaujolais Nouveau n’est pas, contrairement à une idée reçue, un vin facile à faire. Tout se joue en quelques jours, en quelques semaines pour le vigneron du Beaujolais. Entre les vendanges (dès la fin août cette année) et le mois de novembre le vin doit être prêt, embouteillé et acheminé chez nos cavistes ou bars préférés. Le temps de macération est donc forcément raccourci à quelques jours ce qui explique qu’on extrait moins de matières colorantes et de tanins du raisin et donc moins de complexité. L’élevage du vin est quasi nul ce qui explique que les arômes développés restent à un stade dit primaire. Il n’a donc pas vocation à être gardé au chaud dans votre cave. Buvez-le le soir-même ou dans les six mois.

3. Le Beaujolais Nouveau est un événement mondial

Je me suis amusée à taper #BeaujolaisNouveau sur Instagram et j’ai découvert avec fierté qu’il se boit du Beaujolais Nouveau partout dans le monde ! Devant les Américains et les Allemands, ce sont les Japonais qui en boivent le plus et avant tout le monde grâce à un décalage horaire avantageux. Beaujolais Nouveau is international, baby!

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Nos amis japonais dans un bain de Beaujolais (EPA/DAI KUROKAWA)

4. Le Beaujolais est un vignoble en crise

Synonyme de convivialité et de picole, la réputation du Beaujolais Nouveau s’est étiolée avec les années. Lassitude, dérives qualitatives (le fameux goût de banane qui s’explique entre autres par l’apport de levures de synthèse en cours de vinification), certains vignerons et caves coopératives ont trop tiré sur la corde. Et c’est tout le vignoble qui en a souffert. Depuis 10 ans, les volumes vendus ont été divisé par deux, les vignerons lâchent l’affaire… À titre d’exemple, si un hectare de Pouilly-Fuissé (à quelques km à vol d’oiseau) vaut facilement dans les 200 000 euros, dans le Beaujolais hors crus on peut s’en sortir pour 10 000 euros l’hectare…c’est même devenue la blague amère des gens ici. « Tu veux t’installer ? Va dans le Beaujolais, on te les donne les vignes. » (LOL). Les professionnels, l’interprofession ont multiplié ces dernières années les plans anti-crise pour sauver le vignoble.

Car, et il faut le savoir, il y a le Beaujolais Nouveau d’une part et les crus du Beaujolais de l’autre part. Et c’est là toute la difficulté. Réussir à décoller l’image du Beaujolais Nouveau à celui du vignoble tout entier. Les producteurs des 10 crus du Beaujolais s’en sortent plutôt bien – Saint-Amour, Morgon, Fleurie, Moulin-à-Vent, Régnié, Juliénas, Côtes de Brouilly, Brouilly, Chénas, Chiroubles. Mais la plupart des vignerons ont fait le choix de supprimer la mention Beaujolais de leurs étiquettes.

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Les 10 crus sont au nord du Beaujolais, Beaujolais et Beaujolais Villages plutôt au sud mais il est possible de déclasser du vin de crus en Beaujolais Nouveau pour l’occasion.

5. Et surtout le Beaujolais Nouveau 2017 est bon !

Comme toujours, il y en a des bons et des moins bons. Sur 3 bouteilles de Beaujolais Nouveau dégustés en avant-première, 2 m’ont bien plu ce qui est un score plus qu’honorable. Il s’agissait évidemment de vins de vignerons-propriétaires, pas achetés au supermarché. Mention spéciale au Brut de Cuve 2017 d’Isabelle et Bruno Perraud dégusté au salon lyonnais Sous les Pavés La Vigne, mon préféré. Et puis, si vous faites la fine bouche, vous pouvez goûter un cru du Beaujolais comme un Saint-Amour 2016 ou un Morgon 2015.

Alors vous, vous faites quoi demain soir ?

  • Si vous êtes à Mâcon, venez au Carafé , j’y serai ! Même qu’il y aura du saucisson au gêne de vin (spécialité régionale) et des vignerons en chair et en os.
  • Si vous êtes à Paris, passez au Comité dans le 19ème, à côté des Buttes Chaumont. Il y aura aussi du saucisson au gêne (Guidon l’un des gérants est lyonnais) et du Beaujo Nouvo.
  • Et sinon, le Beaujolais Nouveau c’est dans toute la France ! Merci aux http://www.beaujolaisnouveau.fr d’avoir accepté que j’utilise leur affiche 2017.

Allez, bon Beaujolais Nouveau !

 

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