10 films où le vin fait la une

Fini l’été indien. On y est. J’ai vu plus de pluie les deux derniers jours qu’en deux mois ici.  Ma famille, de visite en Bourgogne ce week-end, a donc découvert les joies des vignes en hiver (celles qu’on ne voit jamais dans les dépliants d’oenotourisme) et du combo crachin + brume. Par-fait. C’est le début des soirées froides et humides, de la nuit à 17h et des articles sur les bienfaits du hygge. 

Moi j’y vois un avantage : le cinéma. Si aller au cinéma a été l’une de mes activités favorites du dimanche soir ces dernières années (merci la carte UGC), c’est un peu plus compliqué quand on habite à la campagne, c’est-à-dire à 20 minutes en voiture du cinéma le plus proche. J’ai donc opté pour un nouveau type de soirées ciné : le cinévin. Le principe ? Regarder un film chez soi, au chaud et tranquillement installée, accompagnée d’un petit verre de vin. Un plaisir que vous ne trouverez dans aucun bouquin danois.

Pour le choix du film, ce n’est pas ce qui manque. Je pourrais vous parler du prochain film de Miyazaki, de la version restaurée du documentaire sur le surf The Endless Summer ou du futur Star Wars. Mais non. Comme par hasard, on va parler de vin. Parce que le vin est présent dans quasiment tous les films français mais aussi dans bon nombre de films tout court. Parce que le vin a inspiré beaucoup de réalisateurs. Parce qu’on peut vite tomber dans le téléfilm viticole (ouh c’est mal). J’ai visionné 10 films et documentaires qui traitent du vin et vous livre ici mon regard neutre et bienveillant sur ces œuvres du 7ème art. Tous ces films sont disponibles sur les plateformes de VOD, Netflix et compagnie.

1. LA TRANSMISSION

C’est LE sujet des films sur le vin. Un sujet qui préoccupe tout vigneron-propriétaire d’un domaine, qui préfère transmettre à sa famille plutôt qu’à de parfaits inconnus le fruit du travail d’une vie. Il y a souvent beaucoup d’argent en jeu et un deuil. Pas hyper funky je vous l’accorde. 3 films se déroulant dans 3 régions viticoles françaises (Provence, Bordeaux, Bourgogne) abordent ce thème avec plus ou moins de succès.

UNE GRANDE ANNEE de Ridley Scott (2006) ou « A Good Year » en VO

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En quelques mots : la Bourse ou le vin. Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce film un succès en salles : un horrible trader de la City (Russel Crowe) se rend en Provence pour s’occuper de la vente du domaine viticole de son oncle qui vient de mourir. Pourtant bien décidé à s’en séparer, il va finir par prendre goût à la vie provençale (évidemment les cigales, le soleil, le mas magnifique au milieu des vignes ça fait réfléchir deux minutes), tombe amoureux (de Marion Cotillard, la française jolie, un peu sauvage et aussi serveuse dans le bistrot du village) et finit par s’entendre comme cul et chemise avec le paysan-vigneron de son oncle (Didier Bourdon, chargé d’interpréter un véritable beauf français). La vie est belle.

Des clichés, une happy end, un vrai nanar comme on aime…sinon, fuyez. « Il y a de la lumière dans ce vin » : exemple de phrase absolument consensuelle du film. Ridley Scott possède d’ailleurs un domaine dans le Vaucluse.

TU SERAS MON FILS de Gilles Legrand (2011)

Niels Arestrup, Nicolas Bridet, Lorànt DeutschEn quelques mots : la relation père-fils. Un père propriétaire d’un Château à Saint-Emilion (Niels Arestrup) à la personnalité écrasante et son fils (Loren Deutsch) ne s’entendent pas mais alors pas du tout. Malgré tous les efforts du fils, le père ne lui trouve aucun talent et lui préfère le fils de son plus fidèle employé qui rentre de Californie. La tension monte à fur et à mesure des vendanges et des vinifications. Il va jusqu’à proposer à ce fils rêvé de l’embaucher, l’associer, l’adopter…La question qu’on se pose : pourquoi le fils biologique encaisse-t-il tout cela : par devoir, par envie, par soumission ?

Un film français bien interprété mais lourd, dramatique, gênant par sa dureté. « Tu ne seras jamais chez toi ici, suffit pas d’avoir les pompes ». Ce film m’a été conseillé par un vigneron qui y trouvait des analogies avec sa famille…Sympa. Dans ces moments-là, je suis presque contente de ne pas avoir hérité d’un domaine.

CE QUI NOUS LIE de Cédric Klapish (2017)

Ce_qui_nous_lieEn quelques mots : l’éloge de la fratrie. Lorsqu’il apprend la mort de son père, un fils aîné (Pio Marmaï) revient au domaine familial en Bourgogne après 10 ans d’absence. Il retrouve sa sœur (Ana Girardot) et son frère (François Civil) qui en plus d’être tristes, lui en veulent à mort de ne pas avoir donné de nouvelles. AMBIANCE. Le film raconte ensuite comment ils vont réagir face à ce deuil. Que faire du domaine : le vendre, le reprendre ? Avec quel argent ? Et puis, qui s’y colle : la soeur qui a du nez mais manque d’expérience, le frère cadet qui doit déjà gérer sa relation avec son horrible beau-père ou le frère ainé expérimenté mais qui a laissé femme et enfant dans son domaine australien ?

Un très joli film, juste et mesuré, un poil lent et attendu. Cédric Klapish aime le vin, la Bourgogne et ça se voit : il filme très bien la complicité entre les frères et sœurs, la paulée après les vendanges mais aussi les saisons qui passent. « Le vin c’est comme l’amour, il faut du temps ». 

N.B : Dans ces deux derniers films, on notera la présence de Jean-Marc Roulot, acteur et vigneron à Meursault en Bourgogne.

2. L’AMOUR DE LA BIDOCHE

De façon beaucoup plus triviale, un certain nombre de films ont choisi d’associer le côté gaulois bonne chair au thème du vin. Drôle ou complètement raté.

SAINT AMOUR de Benoit Delépine et Gustave Kerten (2016)

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En quelques mots : la route des vins. Tous les ans, Bruno (Benoit Polveroode) fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture où son père Jean (Gérard Depardieu) y présente son taureau champion Nabuchodonosor. Mais cette année, Bruno est déprimé, en mal d’amour, il ne veut plus travailler avec son père, ce boulot de « cul terreux ». Il s’est même trouvé un emploi de vendeur chez Jardiland. Bref, rien ne va plus. Pour lui remonter le moral et se rapprocher de lui, son père décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins en taxi. Si vous aussi vous pensez que ce film traite d’une histoire familiale à Saint-Amour dans le Beaujolais, il n’en est rien.

Un film drôle et déjanté, une performance incroyable de Benoit Polevoorde, des répliques collector comme les 10 stades de l’ivresse que je vous livre ici :

  1. La Détente
  2. la Libération
  3. La Vérité
  4. La Torpeur
  5. La Violence (et/ou son pendant Le Trop d’Amour)
  6. Le Pathétique
  7. La Faim
  8. La Recherche Frénétique de Sexe
  9. Le Sommeil Lourd
  10. La Honte

Même s’il s’égare par moment (que fait Céline Sallette en Vénus ?), ce film mérite bien d’être vu !  Il parle de vins mais du point de vue d’agriculteurs-éleveurs. « Si on faisait du vin, on serait riche, on serait respecté ».

L’AILE OU LA CUISSE de Claude Zidi (1976)

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En quelques mots : la bonne bouffe ou la mauvaise bouffe. La rivalité entre Charles Duchemin, critique d’un guide gastronomique de qualité qui donne des étoiles et des fourchettes (aka le Guide Michelin) et Jacques Tricadel, un PDG à la tête d’une chaine de restaurants. Une comédie française à la Zidi qui ne fait pas dans la dentelle mais les scènes cultes comme la dégustation à l’aveugle d’un Leoville Las Cases par de Funès ou le plaisir de voir Louis de Funès et Coluche réunis valent à eux-seuls le détour. Un classique qui sent bon la nostalgie des années 70 et repasse chaque hiver à la télévision.

LE BEAUJOLAIS NOUVEAU EST ARRIVE de Jean-Luc Voulfow (1978)

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En quelques mots : la déception. A 5 jours du Beaujolais Nouveau, je m’attendais à un petit bijou du cinéma des années 70 surtout vu le casting. Il n’en fut rien. Je n’ai pas compris l’histoire (très librement inspiré du roman de René Fallet). Camadule (Jean Carmet) a deux amours : la « comtesse » et le beaujolais. Son ami le capitaine (Michel Galabru) a tout perdu : l’Indochine, l’Algérie et sa femme qui l’a quitté. Un jour où les deux amis vont déguster le Beaujolais Nouveau, ils rencontrent Kamel, un travailleur émigré. Hélas, le Beaujolais n’est pas arrivé. La comtesse de Camadule ayant un vignoble, les trois compagnons partent en expédition chercher le vin nouveau. Une quête faite de rencontres et de rebondissements.

3. LE DOCU EVEILLEUR DE CONSCIENCE

Loin des problèmes de succession ou d’entrecôte trop cuite, on retrouve un dernier type de films sur le vin. Les films documentaires. Leur thème central : la figure de l’artisan vigneron passionné face à la mondialisation.

MONDOVINO de Jonathan Nossiter (2004)

mondovinoBigEn quelques mots : Le David et Goliath du vin. Ce film documentaire offre une plongée vertigineuse dans le monde du vin des années 1990-2000 où l’on découvre plusieurs portraits de familles et de personnalités du vin à travers le monde (Mondo Vino = Le Monde du Vin, vous l’aurez compris). Ce qui marque dans ce film c’est le contraste saisissant entre les nouveaux riches de la viticulture qui exposent leurs vins comme des marques, font appel au même oenologue-consultant Michel Rolland et parlent chiffres, ventes et mix-marketing et l’humilité des anciens vignerons comme Hubert de Montille en Bourgogne qui parlent de civilisation et d’histoire, de terroir et de nature et se battent chaque jour pour résister à la pensée unique.

Il y a eu un avant et un après Mondovino pour tous les amateurs même avertis de vin. Je me souviens du choc et du sentiment de désillusion procurés par ce film qui m’a ouvert les yeux sur la diversité du monde du vin : petit ou grand domaine, vin de marque ou de terroir, domaine familiale centenaire ou entreprise millionnaire…Les « gens du vin » comme le vin ont mille facettes. A voir absolument même si beaucoup de choses ont changé en 10 ans : Robert Parker le critique américain adulé dans les années 1990-2000 a pris sa retraite.

RESISTANCE NATURELLE de Jonathan Nossiter (2014)

3_6943_L.jpgEn quelques mots : il vino naturale. 10 ans après Mondovino, Jonathan Nossiter part en Italie à la rencontre de vignerons résistants qui ont choisi de produire un vin naturel. Ils y exposent leurs choix, leur honnêteté artisanale, leur passion pour la terre et l’agriculture dans un monde régit par la loi du marché, par la politique de Bruxelles, par le goût des D.O.C (l’équivalent italien des AOC en France). Artisans, agriculteurs, hommes et femmes engagés, on y découvre les portraits de Stefano Bellotti dans le Piémont, d’Elena et Anna Pantaleoni en Emilie-Romagne, de Corrado Dottori dans les Marches et Giovanna Tiezzi en Toscane.

Un documentaire beaucoup plus engagé et intellectuel que le précédent film de Jonathan Nossiter qui n’a pas la même saveur que Mondovino mais qui donne la parole à des agriculteurs italiens libres et qui invite à réfléchir sur notre vision du vin : est-ce qu’un bon vin ne commencerait pas par une agriculture respectueuse de la terre ? Si vous êtes intéressée par les vins naturels, si vous en avez marre des reportages sur le vin français et que vous voulez voir autre chose, ce documentaire mérite vraiment de s’y attarder.

LA CLEF DES TERROIRS de Guillaume Bodin (2011)

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En quelques mots : la biodynamie et le terroir. Guillaume Bodin voulait être vigneron. C’est en travaillant dans des domaines en agriculture biologique et biodynamique qu’il réalise que peu de personnes comprennent ce qu’il y a derrière ce choix d’agriculture. La Clef des Terroirs est son premier documentaire. Ne vous attendez pas à voir ici un film sur le terroir. Guillaume Bodin fait le choix de donner la parole à des vignerons passionnés en biodynamie et explique avec pédagogie ce que cela implique en termes de travail et d’entretien du sol dans le but de faire parler le terroir.

INSECTICIDE MON AMOUR de Guillaume Bodin (2015)

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En quelques mots : traiter ou ne pas traiter. En 2011, les symptômes de la flavescence dorée sont observés en Saône-et-Loire. Il s’agit d’une maladie du bois dont le vecteur est la cicadelle, un insecte, qui affecte durablement les pieds de vigne. Par arrêté prefectoral, les viticulteurs sont tenus d’asperger de pesticides les vignes atteints par la cicadelle de la flavescence dorée. Cette mesure n’est pas sans conséquences car elles tuent les abeilles, les vers, les oiseaux et les hommes. Des viticulteurs comme Emmanuel Giboulot refusent de traiter. Ils sont condamnés. En 2013, Guillaume Bodin quitte son emploi d’ouvrier viticole en Saône-et-Loire et commence ce documentaire qui lui prendra deux ans. En prenant comme sujet la lutte contre la flavescence dorée, il nous livre un documentaire de qualité sur l’impact des pesticides sur la nature.

Allez, bon cinévin !

PS : La photo en une de cet article est extraite de Max et Les Ferrailleurs de Claude Sautet (1971) avec Michel Piccoli et Romy Schneider. On y voit bien une bouteille de vin mais rien de plus.

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