1 mois en Bourgogne

Il y a 1 mois je quittais Paris, mon boulot, mes proches, ma famille, mon vélo à panier pour mettre une paire de bottes de pluie et nettoyer des cuves. Non pardon, pour apprendre à faire du vin. Je réalise un doux rêve. Comme d’autres rêvent d’un tour du monde, d’escalader le Kilimandjaro ou d’avoir un mari, des enfants et une kangoo. Sauf que pour moi, c’est en Bourgogne.

Cette envie me trottait dans la tête depuis plusieurs années et je repoussais l’échéance en me laissant absorber par le rythme effréné de la jeune cadre parisienne.

Aujourd’hui, premier bilan, je partage avec vous 10 choses apprises depuis mon arrivée en Bourgogne :

1. Le Pouilly-Fuissé n’a rien à voir avec le Pouilly-Fumé. Les deux sont des appellations communales (elles portent le nom des communes sur lesquelles les parcelles de vignes sont situées), les deux font du vin blanc et ont très bonne réputation mais les deux n’ont juste rien à voir. Un peu comme Elizabeth Taylor et Elisabeth II.

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Deux Elisabeth dans une robe jaune

Le Pouilly-Fumé est situé dans la Loire et est produit à partir du sauvignon.

Le Pouilly-Fuissé est situé au sud de la Bourgogne, cette appellation regroupe 4 villages : Chaintré, Fuissé, Solutré-Pouilly et Vergisson et 750 hectares de vignes : 100% chardonnay. C’est la plus grande appellation communale de la Bourgogne. Et c’est là que je suis ! Ni à Dijon, ni à Beaune mais tout en bas de la carte.

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La Bourgogne : oui c’est très grand et vraiment complexe, pas facile de s’y retrouver entre les vignobles, les appellations, les villages, les climats, les vignerons

2. Le CFPPA n’est pas le Club de Football Professionnel pour Adultes en Bourgogne mais bien un Centre de Formation Professionnelle et Promotion Agricole qui dépend du Ministère de l’Agriculture et qui permet à des adultes entrés dans la vie active comme moi de commencer une formation agricole en la finançant et en accélérant sa durée. Il y en a un peu partout en France, chacun a ses spécificités (le pastoralisme en Haute-Pyrénées, le fromage en Auvergne, etc.). C’est grâce au CFPPA de Mâcon-Davayé que je peux suivre une formation de BTS Viticulture-Oenologie pour un an. >>> http://www.macon-davaye.com Vive l’agriculture française !

3. Au risque d’en décevoir certains, l’oenologie ce n’est pas seulement de la dégustation mais c’est surtout beaucoup de chimie. Or, j’ai lâché la physique-chimie au lycée toute contente de choisir une filière non-scientifique. Imaginez ma tête lorsque les électrons, les ions, les réactions chimiques sont apparus sur le tableau blanc de la classe. Retour en seconde générale.

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Un exemple de réaction chimique super-basique : l’oxydation du vin

4. La météo est une philosophie de vie. Pas seulement pour savoir si l’on doit mettre un ou deux pull le matin. Mais parce que la météo a des conséquences directes, majeures sur le quotidien. Le soir avant de me coucher, je regarde la météo du lendemain. Chaque jour, je vérifie la météo à venir. Avec les vigneron(ne)s, on parle du temps ; avec les profs, on parle du temps ; avec les copains du BTS, on parle du temps. 2015 ? Des pics à 38°C, la canicule, pas assez de pluie. 2016 ? Une année assez étrange, froide, tardive, pas très chaude, beaucoup de gel, de grêle. 2017 ? Deux aléas climatiques, l’un en avril, l’autre en mai, depuis c’est bien, le soleil est là même s’il fait trop chaud.

Parler du temps et de la météo est ENFIN reconnu à sa juste valeur et franchement c’est génial car : j’ai toujours adoré parler de la météo au risque de passer pour une personne très consensuelle et je peux me prendre pour Alain Gillot-Pétré.

Et puis, il faut que je vous dise : depuis quelques années en Bourgogne, il n’y a vraiment plus de saison.

5. Les vendanges c’est tellement plus que la récolte du raisin. C’est ce moment de l’année où la tension du vigneron(ne) et la fête des vendangeurs font corps. C’est ce moment où tu te lèves avant le soleil et tu te couches après.

J’ai pu découvrir pendant 9 jours la pression que pouvait ressentir le vigneron(ne) devant : l’état sanitaire de la vigne et de chaque parcelle, la maturité du raisin (est-ce le bon moment pour vendanger ?), la quantité de raisin et le rendement à l’hectare (vais-je atteindre mon objectif pour produire un minimum de bouteilles nécessaires à mon activité ?), la météo à venir (dans deux jours il pleut, il faut qu’on termine la parcelle pour passer ensuite à cette parcelle où la pluie pourrait influencer le raisin), l’acidité / le degré d’alcool probable devant un jus qui vient d’être pressé (trop haut, trop bas, c’est pourri, c’est pas mal), etc. Toutes ces questions qui empêchent le vigneron(ne) de dormir car finalement, il joue son année à venir sur une semaine.

Et en même temps, c’est LA période de l’année où on fête la récolte. Il y a de la joie dans les vignes. C’est la grosse fiesta entre vendangeurs. Malgré leur journée de vendanges dans les jambes, chaque soir on ouvre des bouteilles, on discute, on charrie, on rigole tous ensemble. On est tous crevés mais bien contents de vivre ce moment-là.

6. 1L de vin = 1L d’eau c’est-à-dire que pour produire un litre de vin, on « utilise » un litre d’eau. Je sais, c’est hallucinant. Ce litre d’eau passe dans le nettoyage des caisses nécessaires à vendanger le raisin, du pressoir, des cuves, des fûts, des bouteilles, etc. Aucune étude ne vérifie cette équation mais plusieurs personnes ici me l’ont dite sans se concerter.

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Les fameuses caisses rouges.

7. Faire du vin c’est utiliser beaucoup de mots en -age : pressurage, foulage, éraflage, débourbage, remplissage, encuvage, inertage, remontage, pigeage, délestage, décuvage, soutirage, ouillage, élevage, collage, assemblage, embouteillage…Ceci n’est pas une blague : tous ces mots décrivent des opérations fondamentales pour transformer le raisin en vin.

8. La vie à la campagne a de très nombreux avantages : j’ai trouvé un appart sans  garant ni loyer prohibitif (35 m2 pour 300 euros). Tous les matins, j’emprunte une route entourée de vignes, je traverse de beaux villages français pour me rendre dans un magnifique domaine le Château des Rontets. C’est beau, c’est calme, c’est majestueux. Je ne connais plus le stress des réunions, de l’emploi du temps surchargé, de la vie en open space. Je suis zen. Je travaille dehors, je bouge, je m’aère la tête, j’ai des tâches concrètes, physiques et assez variées. Je rencontre du monde, je goûte du vin, je fais appel à mon cerveau pour décrire ce que je ressens. J’apprends beaucoup et tous les jours.

Alors oui, je me dis que c’est génial, que Paris c’est pollué, encombré et surfait et puis, deux événements majeurs ont légèrement modifié ma perception :

  • Un matin je suis arrivée en retard au boulot à cause d’un tracteur,  15 minutes pour monter une côté j’étais verte surtout quand il faut arriver au domaine à 6h15 un matin de vendanges.
  • La boulangerie de mon village a fermé, je dois donc faire 10 minutes de voiture pour acheter ma baguette et ça, ça fout les boules !

9. La polaire fait partie de la tenue du parfait vigneron(ne). Pas besoin de s’éterniser sur la question mais j’ai dû descendre ma polaire de ski de Paris  – celle très glamour acceptée uniquement sur les pistes entre décembre et février lorsqu’on est un citadin – et je l’ai portée comme tout le monde ici. Ça tient chaud, ça s’ouvre, ça protège le cou. Pourquoi chercher l’esthétique à tout prix ?! Je ne mentionnerais pas ici les chaussures de randonnée, les chaussettes hautes et les bottes de pluie qui sont du même acabit et entrent aussi dans la tenue du parfait vigneron(ne). En un mois, j’ai vraiment changé.

10. On peut s’en sortir en étant une fille. OMG c’est pas vrai ? Cette phrase est évidemment à prendre au millième degré. Je ne l’avais pas en tête jusqu’à ce que ma chère maman me lance il y a quelques mois devant mon projet à venir « Le vin tu es sûre ? C’est quand même un métier d’homme ». J’ai rétorqué que non pas du tout, que beaucoup de femmes étaient dans le milieu et que de plus en plus se lançaient dans le métier. Charge est de constater que depuis mon arrivée, je n’ai eu vent que de vigneron ou de couple de vignerons. Les exemples de femmes dans le vin je les suis sur les réseau sociaux, je lis des articles sur elles mais je ne les connais pas.

Oui le travail est physique, mais non ce n’est pas impossible. J’ai pu aider à porter des caisses de 40kg de raisin, des tuyaux, des cuves, avec certes moins d’aisance et de force que mes collègues qui sont habitués à l’exercice mais je sais que je peux m’améliorer.

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25 réflexions sur “1 mois en Bourgogne

  1. kenza dit :

    Ravie d’avoir de tes nouvelles, et de cette belle manière !!
    En plus pour l’inculte du vin que je suis, j’en apprends des choses 😉

    Tout ce récit dégage plein de sérénité, ça a l’air de te faire du bien et ça fait du bien de te lire et d’imaginer cette vie. Je compatis pour la baguette en revanche :p

    Bises,
    Kenza

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  2. Valérie Renaudin dit :

    Bravo ! Le 206 mène à tout (particulièrement c-store)! On parlait de votre reconversion hier avec Gaelle chez unibail et je tombe sur cet article ! Bonne année bourguignonne !

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  3. Maryse Mazelle dit :

    Ma chère Alison j’ai toujours su que tu étais une battante et que tu n’étais pas faite pour rester là. Tu te souviens quand je t’ai dit que tu n’étais pas comme les autres ? Surtout ne lache rien car c’est toi qui a raison, avec ou sans polaire, avec ou sans bottes, peu importe , vis, aime ta passion car c’est elle qui te fera grandir, réussir et surtout te rendra heureuse ! Je t’embrasse très affectueusement et j’espère te revoir un jour …

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  4. Kelly 206 dit :

    Alison, Quelle surprise ! Et en même temps pas tant que ça (la passion pour le vin) 🙂 je salue ton courage et te souhaite une super aventure dans les vignes de bourgogne et qui sait, peut être à bientôt, sur un salon de vins à shanghai pour promouvoir le fruit de ton travail ?

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  5. Thibault Le Gall dit :

    Bravo Alison !
    C’est une joie de te lire et d’observer tant de partages après ces premiers pas entre projet murement réfléchi et aventure forte.
    Depuis les quelques notes de musiques partagées pour nos amis, où déjà nous y mettions tout notre coeur, je t’envoie tous mes encouragements pour les défis à venir.

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  6. STFTG dit :

    Bravo Alison ! j’ai adoré te lire et j’ai hâte de te relire encore et encore. C’est une super aventure et tu nous communiques bien ce que tu vis et on a envie de te suivre. Je t’encourage mille fois à continuer à écrire et nous partager tes ressentis et émotions dans cette belle aventure. #inspiration #power
    ❤ ❤ ❤

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